Tonkpi : la noix de cola, une filière à fort potentiel économique

À la Direction régionale du Centre national de recherche agronomique (CNRA) de Man, un spécialiste de la filière cola a dressé un état des lieux encourageant de cette culture encore peu valorisée en Côte d’Ivoire. Au cours d’un entretien accordé au média Les Nouvelles du Tonkpi, il a mis en avant les importantes perspectives économiques de la noix de cola, particulièrement dans la région du Tonkpi.

Selon Dr Sery Jean Marc, la Côte d’Ivoire demeure aujourd’hui le premier producteur mondial de noix de cola avec une production estimée à près de 260 000 tonnes de noix fraîches par an. Une grande partie de cette production est écoulée sur le marché ouest-africain, notamment au Nigeria, au Mali et au Sénégal, offrant ainsi des débouchés stables aux producteurs.

Le chercheur explique que la filière est actuellement en pleine structuration, avec des perspectives jugées prometteuses. Contrairement au cacao ou au café, la commercialisation de la cola dépend peu du marché international. « Toute la production peut être absorbée par le marché sous-régional », a-t-il souligné, estimant que cet avantage constitue un atout majeur pour les producteurs ivoiriens.

La noix de cola possède également plusieurs usages. Environ 70 % de la production est consommée comme “noix de bouche” dans les pays ouest-africains. Les 30 % restants servent dans l’industrie des boissons énergisantes, dans la fabrication de certains médicaments stimulants ainsi que dans l’industrie textile, notamment pour les teintures.

Dans la région du Tonkpi, particulièrement dans la zone de Danané, la culture de la cola connaît déjà une certaine dynamique. Une coopérative regroupant près de 60 producteurs y est active. Le spécialiste indique également que des projets, dont le programme MCA, ont permis la mise en place de pépinières pour encourager le développement de cette culture dans la région.

Sur le plan économique, la filière cola contribuerait à hauteur de 75 milliards de FCFA au Produit intérieur brut ivoirien, selon des données récentes citées par l’expert. Pour le Docteur Sery, cette culture doit désormais être considérée comme une véritable alternative dans la stratégie de diversification agricole du pays.

Concernant les variétés cultivées, il précise que la Côte d’Ivoire exploite principalement l’espèce Cola nitida. Le CNRA a d’ailleurs développé une variété améliorée capable de produire au moins quatre tonnes par hectare, avec des rendements pouvant atteindre dix tonnes dans certaines conditions culturales. Cette variété se distingue également par sa forte teneur en caféine et sa bonne qualité organoleptique.

Le spécialiste regrette toutefois que la cola ait longtemps été considérée comme une culture secondaire. Il rappelle qu’environ 2 000 producteurs seulement étaient recensés dans le pays. Traditionnellement, les pieds de cola étaient plantés de manière dispersée dans les plantations de café ou de cacao, sans véritables vergers organisés.

Aujourd’hui, les acteurs de la filière multiplient les campagnes de sensibilisation afin d’encourager la création de plantations modernes. « La cola peut générer des revenus supplémentaires importants pour les producteurs », a-t-il insisté.

S’agissant des prix, la filière ne dispose pas encore de mécanisme officiel de fixation. Les prix varient selon les périodes de production et la demande. En période d’abondance, le kilogramme peut être acheté entre 200 et 300 FCFA. En revanche, durant les périodes de pénurie, les prix peuvent grimper jusqu’à 1 000 FCFA, voire 2 000 FCFA sur certains marchés ouest-africains.

Pour le chercheur, l’avenir de la filière repose désormais sur son organisation. Une meilleure structuration permettrait non seulement de stabiliser les prix, mais aussi d’attirer davantage de producteurs vers cette culture à fort potentiel économique.

Les Nouvelles du Tonkpi

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