Guélémou : ce village historique qui pourrait séduire les amoureux du tourisme culturel

Dans le département de Biankouma, à l’ouest montagneux de la Côte d’Ivoire, un petit village porte silencieusement les traces d’un épisode majeur de l’histoire de l’Afrique de l’Ouest. Il s’agit de Guélémou, localité presque absente des manuels scolaires, rarement évoquée dans les médias, mais dont le nom reste intimement lié à la chute de l’un des plus grands résistants africains à la colonisation : Samory Touré.
Le 29 septembre 1898, à l’aube, dans une atmosphère enveloppée d’une épaisse brume, les troupes coloniales françaises réussirent à pénétrer discrètement dans le camp de Samory Touré installé à Guélémou. L’homme qui, pendant près de deux décennies, avait opposé une farouche résistance à l’expansion coloniale française en Afrique de l’Ouest, fut capturé au terme d’une opération militaire surprise. Cet événement marqua un tournant décisif dans l’histoire de l’Afrique occidentale française (AOF), mettant fin à l’empire wassoulou fondé par Samory Touré et à l’une des plus importantes résistances africaines du XIXᵉ siècle.
Originaire du Wassoulou, territoire situé entre l’actuelle Guinée, le Mali et la Côte d’Ivoire, Samory Touré s’était imposé comme un stratège militaire redoutable. Fondateur de l’Empire wassoulou vers les années 1870, il avait modernisé son armée, organisé une administration structurée et mené plusieurs campagnes contre les forces françaises qui cherchaient à étendre leur domination dans la sous-région. Après plusieurs années de combats et de replis stratégiques, c’est finalement à Guélémou, dans l’actuelle région du Tonkpi, qu’il fut arrêté avant d’être exilé au Gabon, où il mourut en captivité le 2 juin 1900.
Aujourd’hui, pourtant, Guélémou semble vivre loin du tumulte de cette mémoire historique. Situé parmi les 133 localités du département de Biankouma, le village peine encore à occuper la place qui devrait être la sienne dans le patrimoine historique ivoirien et ouest-africain.
Conscient de cette responsabilité mémorielle, le chef du village, Albert Dely Gué, s’est engagé à préserver les vestiges symboliques du passage de Samory Touré dans cette localité.


« Si nos grands-parents n’ont pu conserver les objets ramassés sur le site où Samory Touré a été capturé, s’ils n’ont pu garder des photographies des infrastructures et des personnages qui entouraient l’homme, il nous incombe, à nous les enfants de Guélémou, de rappeler aux visiteurs de demain le passage de Samory Touré ici », confiait-il récemment.
Pour matérialiser cette volonté de transmission historique, une statue monumentale de Samory Touré a été érigée à l’entrée du village, précisément à l’endroit où il aurait été capturé. Haute de 6,60 mètres et large de 1,60 mètre, cette imposante œuvre attire désormais le regard des visiteurs et symbolise la mémoire d’un homme devenu une figure emblématique de la résistance africaine.
À proximité de cette statue, une petite case ronde en terre battue, recouverte de chaume, a également été construite en guise de représentation symbolique de l’habitat de Samory Touré durant son passage à Guélémou. Initiés en septembre 2018, les travaux de réalisation de ces infrastructures mémorielles se sont achevés après cinq mois.
Au-delà du symbole, plusieurs voix plaident aujourd’hui pour une meilleure valorisation touristique et culturelle de Guélémou. Car ce village, niché dans les montagnes de l’ouest ivoirien, pourrait devenir un véritable site de mémoire historique, à l’image des lieux emblématiques de résistance dans d’autres pays africains.
En Côte d’Ivoire, où les enjeux de conservation du patrimoine historique prennent progressivement de l’ampleur, Guélémou rappelle qu’une partie essentielle de l’histoire nationale s’est aussi écrite loin des grandes villes, dans des villages dont la mémoire mérite d’être sauvegardée et transmise aux générations futures.

Les Nouvelles du Tonkpi

Partager cet article