
À peine le soleil se lève-t-il que déjà, ils sont à pied d’œuvre. Dans les quartiers populaires comme dans les villages, les téléphones sonnent, les appels se multiplient et les concessions s’animent. À chaque fête musulmane, particulièrement la Tabaski, une catégorie d’hommes devient incontournable : les spécialistes de l’immolation et du découpage de bétail.
Moutons, cabris, bœufs… ces professionnels, communément appelés bouchers de fête, sont les mains expertes vers lesquelles les familles se tournent pour accomplir le sacrifice rituel dans les règles et préparer la viande destinée à la consommation, au partage et aux dons.
« Dès 5 heures du matin, nous sommes déjà sollicités. Il y a des familles qui nous réservent même plusieurs jours avant la fête », explique Amidou rencontré au quartier Libreville de Man, le couteau soigneusement rangé dans une mallette devenue son principal outil de travail.
Loin d’être un simple travail physique, le métier exige maîtrise, rapidité et précision. Immoler un animal selon les prescriptions religieuses ne suffit pas. Après le sacrifice vient une étape tout aussi importante : le dépeçage, le nettoyage et le découpage méticuleux de la viande.
Chaque animal demande une technique particulière. Si un mouton ou un cabri peut être traité en moins d’une heure, un bœuf nécessite souvent plusieurs intervenants et davantage de temps.
« Il faut connaître les parties de l’animal, savoir découper proprement sans gaspiller la viande. C’est un métier qui s’apprend avec l’expérience », confie un autre Ousmane .
Pour beaucoup, ce savoir-faire est transmis de père en fils, faisant de cette activité un véritable héritage familial.
Durant les périodes ordinaires, plusieurs de ces artisans exercent dans les marchés, les abattoirs ou combinent d’autres petits métiers. Mais lorsque arrivent les grandes célébrations musulmanes, leur activité connaît une forte demande.
Selon la taille de l’animal et l’ampleur du travail, les frais de prestation oscillent généralement entre 10 000 FCFA et 20 000 FCFA, voire davantage pour les gros bétails ou les prestations complexes.
En une seule journée de Tabaski, certains bouchers peuvent intervenir dans plusieurs familles successivement, travaillant parfois jusqu’à la tombée de la nuit.
« Ce jour-là, il n’y a pratiquement pas de repos. On court d’une maison à une autre », raconte Sereme Yacouba, un artisan avec le sourire malgré la fatigue.
Malgré leur importance, ces professionnels demeurent souvent dans l’ombre. Pourtant, sans leur expertise, de nombreuses familles auraient du mal à gérer rapidement le sacrifice des animaux, surtout en milieu urbain où peu de personnes maîtrisent encore les techniques de découpage.
Au-delà de la simple prestation de service, ces bouchers participent à la préservation d’un savoir-faire traditionnel profondément enraciné dans les pratiques culturelles et religieuses ivoiriennes.
Pendant que les familles célèbrent dans la convivialité et le partage, eux poursuivent leur mission avec discrétion, couteau en main, contribuant silencieusement à faire de la fête un moment pleinement réussi.
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