Liberté de la presse : ce que vivent vraiment les journalistes à Man

À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée le 3 mai 2026, nous sommes allés à la rencontre d’un acteur de l’information de proximité dans l’Ouest ivoirien. À Man, Olivier Dan, correspondant de la chaîne 7Info, partage son regard sur un métier qu’il exerce depuis plus d’une décennie, entre engagement, contraintes et espoir.

Journaliste depuis 2012, Olivier Dan confie que sa vocation est née très tôt, sur les bancs de l’école. « Avec des amis, nous imitions les journalistes et animateurs. C’est ainsi que la passion est venue », se souvient-il. Une passion devenue métier, guidée selon lui par une mission essentielle : informer avec rigueur, vérifier les faits et donner la parole à ceux qui ne l’ont pas. « Nous ne sommes ni un porte-voix du pouvoir, ni une caisse de résonance des rumeurs. Nous sommes un contre-pouvoir, mais aussi un lien social », insiste-t-il.

Pour ce professionnel des médias, la liberté de la presse ne se résume pas à un principe abstrait. Elle est « le droit de chercher, de recevoir et de diffuser des informations sans entrave », mais implique en retour une responsabilité éthique. « Sans éthique, la liberté n’est qu’un privilège vide », tranche-t-il.

Sur le terrain, la réalité est cependant plus nuancée. Si le principe est reconnu, son application reste fragile. « Nous traitons beaucoup de sujets librement, mais il existe des lignes jaunes », explique-t-il, évoquant notamment les sujets politiquement sensibles ou économiquement risqués. Une liberté donc réelle, mais à conquérir au quotidien.

Dans l’exercice de son métier, Olivier Dan fait face à plusieurs défis : le manque de moyens, l’urgence du temps réel et la pression économique. À cela s’ajoute parfois la méfiance du public envers les médias. Mais les pressions les plus marquantes restent d’ordre politique ou économique. « Certains responsables cherchent à influencer l’information. J’ai choisi de ne rien céder sur le fond, de documenter chaque pression et d’en référer à ma hiérarchie », confie-t-il.

Concernant les sujets sensibles, le journaliste préfère parler de prudence plutôt que d’évitement. Sécurité nationale, tensions communautaires ou enquêtes impliquant des annonceurs puissants nécessitent, selon lui, des preuves solides et un cadre sécurisé.

Sur l’état de la liberté de la presse en Côte d’Ivoire, son analyse se veut lucide : « Des progrès ont été réalisés depuis les années 2010, mais la situation reste perfectible. La loi autorise, la pratique modère. » Dans sa région, les critiques ouvertes peuvent encore susciter des intimidations.

La question de la protection des journalistes demeure également préoccupante. « Elle existe sur le papier, mais dans les faits, un journaliste menacé se sent souvent seul », regrette-t-il, appelant à plus de soutien juridique et psychologique.

Autre enjeu majeur : l’indépendance économique des médias. « Un média dépendant d’un seul annonceur aura tendance à le ménager », explique-t-il, soulignant la précarité de nombreux journalistes.

Malgré ces défis, Olivier Dan reste optimiste quant à l’avenir du métier. Il entrevoit un journalisme « plus numérique, plus local et plus interactif », mais confronté à la montée des fausses informations. Pour lui, l’avenir repose sur le fact-checking, l’enquête de terrain et l’éducation du public.

Enfin, il appelle à des réformes concrètes : un statut protecteur, un fonds d’aide à l’enquête et une régulation indépendante. Aux jeunes aspirants journalistes, son message est clair : « Soyez passionnés mais lucides. Vérifiez avant de publier et n’acceptez jamais qu’on achète votre plume ou votre silence. »

Dans une époque marquée par les mutations de l’information, ce témoignage venu de Man rappelle que la liberté de la presse reste un combat quotidien, où professionnalisme et intégrité demeurent les meilleurs remparts.

Les Nouvelles du Tonkpi.

Partager cet article