Depuis Man, un groupe de spécialistes venus d’Afrique et du monde arabe a mis le cap sur le Mont Nimba, dans le cadre d’une visite inscrite en marge d’un atelier interrégional consacré à la gestion des biens inscrits sur la liste du patrimoine mondial en péril. Cette initiative, portée par l’ICESCO en collaboration avec l’UNESCO et plusieurs autres partenaires techniques, visait à apprécier de manière concrète l’état de conservation du site.

À leur arrivée à Yealéu, localité située aux abords de la réserve, les visiteurs ont entamé une marche à travers un environnement naturel dense, caractérisé par une forte humidité et une couverture végétale abondante. Pendant près de trois kilomètres, la progression s’est faite à pied, offrant un premier contact direct avec l’écosystème local.
Encadrés par les équipes de l’Office Ivoirien des Parcs et Réserves (OIPR), les visiteurs ont traversé un cours d’eau sur une passerelle en bambou avant de s’enfoncer davantage dans la forêt. Le dispositif d’accueil mis en place sur le site, combiné à l’accompagnement des agents sur le terrain, a permis d’assurer le bon déroulement de la mission.
Au fil du parcours, la forêt a révélé toute sa richesse biologique. Les chants d’oiseaux et la diversité de la végétation ont accompagné les visiteurs jusqu’à une cascade naturelle, point d’orgue de cette immersion. L’endroit, à la fois apaisant et spectaculaire, a suscité l’intérêt et l’admiration des participants.

Au-delà des paysages, certains indices ont retenu l’attention des experts. Des traces d’activité de chimpanzés, notamment des restes de noix cassées, ont été relevées, confirmant la présence de cette espèce emblématique, bien que discrète, dans la réserve.
La flore n’est pas en reste. Plusieurs essences forestières de grande valeur écologique, dont l’azobé, l’iroko, le bété ou encore le tiama, y sont encore bien représentées. Pour les spécialistes, ces éléments constituent des indicateurs positifs quant à la santé globale de l’écosystème.
Sur le plan technique, les appréciations sont globalement favorables. Youssouph Diedhiou, expert au sein de l’UICN, a salué les efforts de gestion entrepris sur le site, mettant en avant une approche qui associe de plus en plus les populations locales aux actions de conservation. Selon lui, cette implication constitue un levier essentiel pour garantir la durabilité des acquis.
De son côté, Rim Kelouaze, consultante en patrimoine mondial, estime que les résultats observés sur le terrain sont rassurants. Elle note une amélioration significative de la situation du site et encourage les autorités à poursuivre les efforts, notamment à travers un renforcement du suivi institutionnel et une coopération accrue avec les instances internationales.
La dimension communautaire a également marqué cette journée. À Yealéu, les délégations ont été accueillies par des manifestations culturelles mettant en valeur les traditions des peuples Dan, Lobi et Malinké. Un moment d’échanges empreint de convivialité, témoignant du lien entre les populations et leur environnement naturel.
Toutefois, les préoccupations locales ont été exprimées avec franchise. Dogbo Gbean Alphonse, porte-parole des notables, a attiré l’attention sur les difficultés auxquelles fait face le village, notamment en matière d’infrastructures sociales de base. Les femmes, par l’entremise de Kapeu Louisette, ont également sollicité un accompagnement pour le développement d’activités génératrices de revenus.
Réagissant à ces doléances, le colonel Zannou Moïse, directeur de zone ouest de l’OIPR, a indiqué que des actions de soutien pourraient être envisagées, en particulier en faveur des initiatives féminines, tout en précisant le cadre d’intervention de son institution.
Représentant l’autorité administrative, le sous-préfet Brou Aleby Claver a encouragé les populations à s’approprier davantage la protection de leur patrimoine naturel. Il a souligné que l’amélioration du statut du site dépend en partie de l’engagement collectif des communautés riveraines.
Au terme de cette visite, les échanges se sont poursuivis autour d’un moment de partage entre visiteurs et habitants. Une séquence qui a permis de consolider les liens et de renforcer la compréhension mutuelle autour des enjeux liés à la préservation du Mont Nimba. Une étape supplémentaire dans le processus visant à repositionner ce site exceptionnel sur la liste des patrimoines mondiaux pleinement préservés.
Les Nouvelles du Tonkpi.

