Dans les hauteurs verdoyantes de l’Ouest de la Côte d’Ivoire, en territoire Dan, le Bandji occupe une place singulière. Cette boisson tirée du palmier à huile dépasse largement le cadre de la convivialité. Elle constitue un instrument de régulation sociale et un canal de communication avec les ancêtres.
À Trinleu, le chef dudit village, Oulaï Tia Pascal décrit une pratique ancestrale qui continue de rythmer les grandes rencontres communautaires.

Une cérémonie strictement encadrée
La consommation du Bandji, dans son cadre traditionnel, répond à un protocole précis. Nul ne peut en assurer le service sans y être autorisé par une autorité coutumière. Avant toute distribution, une invocation est adressée aux ancêtres afin de solliciter leur protection et leur approbation.
Une portion est d’abord répandue au sol, geste symbolique marquant l’ouverture du temps sacré. Dès cet instant, le silence s’impose. Les déplacements intempestifs, les conversations ou les rires sont proscrits jusqu’à la fin de la bénédiction.
Cette étape fonde la dimension spirituelle du rituel.

Une organisation sociale mise en scène
Le partage du Bandji reproduit fidèlement l’architecture sociale dan. L’ordre de service suit une hiérarchie bien définie : les anciens en priorité, puis les chefs et notables, avant les autres membres de l’assemblée.
Le serviteur, mandaté pour accomplir cette tâche, adopte une posture d’humilité. Agenouillé, déchaussé et tête découverte, il signifie qu’il agit au nom de la tradition et non en son nom propre. Chaque geste traduit le respect des valeurs collectives.
En cas d’irrégularité, la responsabilité incombe à l’autorité qui l’a désigné, preuve du principe d’interdépendance qui régit la société dan.
Des règles assorties de sanctions
Toute entorse au protocole est considérée comme une faute. Une interruption inappropriée ou un comportement jugé irrespectueux peut entraîner une amende coutumière.
Au-delà de la sanction, l’objectif demeure pédagogique : rappeler à chacun l’importance du respect de l’ordre spirituel et communautaire.

Un rituel réservé aux moments décisifs
La cérémonie du Bandji intervient principalement lors des grandes assises : conciliations traditionnelles, règlements de différends, décisions engageant la communauté ou rencontres dans les espaces sacrés.
Avec le temps, certains lieux modernes, notamment les cours de chefferie ou espaces associatifs, sont devenus des cadres reconnus pour perpétuer cette pratique. Une adaptation qui illustre la capacité de la tradition dan à évoluer sans perdre son essence.
Une symbolique forte d’unité
Servi dans une même calebasse, le Bandji matérialise l’idée d’une communauté soudée. Malgré les différences de statut ou d’âge, tous partagent la même source.
Plus qu’une boisson, le Bandji apparaît ainsi comme un langage codifié, porteur de valeurs : respect, humilité, solidarité et équilibre social.
En pays Dan, il demeure un pilier discret mais central du vivre-ensemble, où chaque geste compte et où la tradition continue d’organiser la société contemporaine.
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