À la sortie de la ville de Man, des femmes s’activent quotidiennement sur des sites de concassage artisanal de granite. Une activité informelle, pénible et peu encadrée, mais essentielle à la survie de nombreuses familles.
À la périphérie de Man, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, plusieurs sites à ciel ouvert témoignent d’une activité aussi discrète qu’indispensable : le concassage artisanal de granite. Sous le soleil, des femmes, marteau en main, fragmentent des blocs de pierre pour en faire des granulats destinés à la construction.
Ce travail manuel, réalisé sans mécanisation, constitue un maillon essentiel de la chaîne de production des matériaux utilisés dans les chantiers locaux. Routes, habitations ou petits ouvrages : une partie de ces infrastructures repose sur ces pierres cassées à la main, ensuite triées et vendues à des intermédiaires ou à des particuliers.

Sur le terrain, l’enquête révèle une forte présence féminine. Pour beaucoup, cette activité est un choix contraint. « Avant, je vendais du charbon, mais après le vol de mon stock, j’ai tout perdu. On m’a orientée ici », confie Aminta, rencontrée sur un site. Comme elle, plusieurs femmes expliquent avoir basculé vers le concassage après des difficultés économiques ou pour subvenir seules aux besoins de leur foyer.
Responsable d’un site, Tia Constant confirme cette réalité : « Beaucoup de femmes viennent ici faute d’autres opportunités et la plupart sont veuves. »
Mais derrière cette source de revenus se cachent des conditions de travail éprouvantes. Sans équipements de protection, les travailleuses sont exposées à des risques permanents : blessures, douleurs musculaires et fatigue liée à la répétition des gestes. « Nous travaillons longtemps et c’est très fatiguant », témoigne une ouvrière.
À ces contraintes physiques s’ajoute l’instabilité des revenus. Les gains dépendent de la quantité produite et surtout de la capacité à vendre. « Parfois, nous produisons, mais les acheteurs tardent à venir », explique une autre travailleuse. Les prix, non réglementés, fluctuent selon la demande.

L’absence de cadre formel accentue la précarité du secteur. Aucun contrat, ni structure organisée ne régit cette activité, laissant les travailleuses sans protection sociale ni appui institutionnel.
Malgré tout, certaines nourrissent des espoirs. Accès au financement, reconversion ou amélioration des conditions de travail figurent parmi les attentes exprimées. « Si nous avions une autre activité, nous pourrions changer », confie l’une d’elles.
À Man, le concassage artisanal de granite s’impose ainsi comme une activité de subsistance, révélatrice des défis liés à l’emploi et à la structuration du secteur informel, dans une région où les alternatives économiques restent limitées.
Les Nouvelles du Tonkpi.

