À Man, la présence de plus en plus visible de jeunes filles mineures dans les maquis, caves et bars de la ville suscite une vive inquiétude. Dans plusieurs quartiers, ces adolescentes, parfois âgées de moins de 18 ans, sont régulièrement aperçues dans des lieux de divertissement pourtant réservés aux adultes.
À la tombée de la nuit, particulièrement les week-ends, certaines d’entre elles fréquentent ces établissements et y restent jusqu’à des heures très avancées. Dans ces espaces où circulent boissons alcoolisées, chicha et cigarettes, ces mineures se retrouvent exposées à des produits et à des comportements qui peuvent nuire gravement à leur santé et à leur équilibre.
Des riverains et acteurs communautaires pointent du doigt l’absence de contrôle rigoureux dans plusieurs établissements nocturnes. Selon eux, l’accès y est souvent libre, sans vérification d’âge. « Beaucoup de jeunes filles entrent sans qu’on leur demande leur âge. Parfois, ce sont même des enfants », confie Dion remis, habitant du quartier Dompleu. Une situation qui, selon certains observateurs, serait favorisée par la recherche de profit de la part de certains exploitants.
Les spécialistes de la protection de l’enfance évoquent également un relâchement de l’encadrement parental. Le fait que des mineures puissent circuler tard dans la nuit loin de leur domicile soulève des interrogations sur le suivi familial, mais aussi sur l’influence des pairs et des réseaux sociaux qui tendent à banaliser une vie nocturne précoce.
Pourtant, la législation ivoirienne est claire. Elle interdit l’accès des débits de boissons aux mineurs ainsi que la vente et la consommation d’alcool, de tabac ou de produits assimilés par les personnes âgées de moins de 18 ans. Mais sur le terrain, l’application de ces dispositions reste limitée, notamment en raison du manque de contrôles réguliers et de sanctions jugées peu dissuasives.
Les risques encourus par ces adolescentes sont nombreux : consommation précoce de substances nocives, dépendance, abandon scolaire, exposition à la violence ou encore exploitation sous diverses formes. « Ce sont des enfants encore vulnérables. Les laisser évoluer dans ces milieux, c’est mettre en danger leur avenir », alerte Ange Kouadio, acteur local engagé dans la défense des droits de l’enfant.
Face à l’ampleur du phénomène, plusieurs voix appellent à une réaction collective. Autorités administratives, forces de sécurité, parents, leaders communautaires et propriétaires d’établissements nocturnes sont invités à unir leurs efforts pour endiguer la situation.
Le renforcement des contrôles nocturnes, la responsabilisation des exploitants de maquis et de bars, ainsi que la multiplication des campagnes de sensibilisation figurent parmi les mesures jugées urgentes. Dans la capitale régionale du Tonkpi, la protection des mineures face aux dérives de la vie nocturne apparaît désormais comme un enjeu social majeur.
Car derrière les lumières des maquis et des caves, c’est l’avenir de jeunes filles encore fragiles qui se joue, souvent dans une indifférence préoccupante.
Les Nouvelles du Tonkpi.

